Transport conventionné, transport informel à Abidjan : du terrain à la carte

Comment planifier et construire les infrastructures de transport durables et accessibles lorsque une grande partie des déplacements est assurée par le transport artisanal (aussi appelé transport informel) ?

Cette question est posée par le Ministère des Transports de Côte d’Ivoire, alors qu’il prépare plusieurs projets de grande ampleur dans le cadre de son Plan de Mobilité Urbaine d’Abidjan.

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Avec le soutien financier et technique de l’Agence Française de Développement (AFD), le Ministère a donc lancé un projet de cartographie des transports formels et informels du district d’Abidjan.

L’objectif, aujourd’hui atteint : disposer d’un double numérique du réseau de transport de grande qualité et à jour afin d’orienter au mieux l’action publique.

Les gbakas, ces minibus assurant un service de transport intercommunal informel dans le territoire du Grand Abidjan
Image by nlehuby / CC BY-SA (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gbaka_à_Abidjan.png)
Les gbakas, ces minibus assurant un service de transport intercommunal informel dans le territoire du Grand Abidjan

Les sociétés Systra et Jungle Bus ont répondu à cet appel en 2019 et ont produit les données de transport d’Abidjan : elles sont à présent disponibles pour tous sur le centre de ressources de DigitalTransport4Africa.

Dans la lignée des projets précédents de DigitalTransport4Africa, le projet a adopté une stratégie visant à contribuer à des communs numériques. L’enjeu est ici que la production des données d’offre de transport soit un socle numérique de connaissance partagée qui bénéficie à tous, autant à la puissance publique qu’à des tiers (universitaire, entreprise ou simple citoyen) désireux d’apporter de la valeur sur des sujets de mobilité.
Ainsi, toutes les données produites sont disponibles sous licence libre et l’équipe du projet a réalisé et contribué à plusieurs outils libres et réutilisables.

Avant tout, le projet a fait le choix d’OpenStreetMap (OSM), le Wikipédia des cartes. Ce projet collaboratif de cartographie du Monde entier permet à chacun de participer et de créer les données géographiques de son quartier. C’est aujourd’hui la plus grande base de données géographique sous licence libre et dans de nombreux pays, c’est même la carte la plus complète qui existe. Elle rassemble les contributions d’une communauté diverse, du citoyen engagé aux entreprises et universités en passant par les autorités locales ou les organisations internationales.

Avec l’appui de l’association OpenStreetMap Côte d’Ivoire, qui promeut le projet dans ce pays, toutes les données de transport ont ainsi été créées dans OpenStreetMap.


En novembre 2019, OpenStreetMap Côte d’Ivoire accueillait sur son territoire le State-of-the-Map Africa, événement réunissant les contributeurs du continent Africain pour plusieurs journées d’échanges et de partage. Le projet de cartographie d’Abidjan et plus généralement l’utilisation d’OpenStreetMap pour le transport au commun furent au cœur des discussions.

Un projet collaboratif

La première étape du projet a été de poser un diagnostic des lignes de transport à relever. Pour les habitants du district d’Abidjan, ce sont 80% des déplacements qui sont effectués en transport informel. Or, par définition, peu d’informations existent pour ces réseaux. C’est pourquoi un travail d’identification des lignes sur le terrain a été mené en collaboration avec les autorités locales : sur la base des informations déjà en leur possession, l’équipe s’est rendue dans les différentes gares routières et zones de correspondances du réseau afin de lister les lignes qui s’y arrêtaient et leurs destinations.

Des contributeurs OpenStreetMap de chaque commune du Grand Abidjan et de chaque quartier ont été mobilisés pour cette tâche afin d’apporter leur connaissance locale et leur expérience de ces transports informels ; ils ont ensuite reçus une formation technique pour réaliser les enquêtes terrains détaillées. Plus de 10 personnes étaient autonomes afin de réaliser une collecte en empruntant les moyens de transport mais aussi pour réaliser des enquêtes et des relevés des horaires en se plaçant aux grands hubs de transport du district.

Premier jour de relevés terrains pour l'équipe, Gare Sud (Abidjan)
Premier jour de relevés terrains pour l’équipe, Gare Sud (Abidjan)

Équipés d’un smartphone sur lequel était installée une application mobile spécifique au projet, ces collecteurs ont ensuite arpenté de long en large les réseaux de transports terrestres autant que lagunaires.

L’étape suivante a été de modéliser dans OpenStreetMap le réseau de transport à partir de ces très nombreuses données brutes. La création de ce jumeau numérique nécessite de se pencher sérieusement sur la méthode de création de données afin de structurer l’information et de la rendre facilement ré-utilisable : des outils spécifiques ont été développés pour l’occasion (voir la suite de cet article) et une méthodologie spécifique a été créée en s’appuyant sur l’expérience des contributeurs OpenStreetMap participant au projet.

Le niveau de qualité est ambitieux : les données produites doivent pouvoir être utilisées autant pour l’étude du réseau, afin de faire évoluer les politiques publiques de transport, que pour un usage d’information voyageurs. Sur la base des données, un plan schématique de transport a en effet été créé par l’entreprise Latitude Cartagène ainsi que plusieurs prototypes d’application mobile de calcul d’itinéraire.

Le plan schématique de transport d'Abidjan, disponible sur le site http://sites.digitaltransport.io/abidjantransport

Le plan schématique de transport d’Abidjan, disponible sur le site http://sites.digitaltransport.io/abidjantransport

Des outils numériques ré-utilisables

La documentation du projet, elle aussi sous licence libre, ainsi que les supports des formations réalisées à Abidjan vous permettront d’en savoir plus. Ces guides sont à votre disposition si vous souhaitez adapter ces outils et cette méthodologie sur votre propre territoire.

De plus, l’intégralité des outils techniques utilisés et créés pour le projet sont disponibles sous licence libre, et utilisables pour d’autres projets de cartographie. La double expertise de l’équipe sur les transports et sur OpenStreetMap a permis de développer des outils spécifiques parfaitement adaptés aux besoins des contributeurs.
En voici une petite sélection :

OSMTracker et son interface dédiée aux transports
-> une application mobile pour collecter les informations à bord des véhicules : emplacement et nom des arrêts, tracé des lignes, vitesses observées, remplissage des véhicules, etc


Une disposition spécifique de boutons a été créée dans le cadre du projet pour collecter les niveaux de remplissage des véhicules

Busy Hours
-> un outil pour modifier les fréquences de passage des véhicules des lignes de transport dans OpenStreetMap.


Les heures de services, ainsi que les fréquences de passages en heure creuse et en heure pleine peuvent y être renseignées facilement.

L’interface simplifiée de cet outil accélère la création de données des fréquences de passage des véhicules de transport.

osm2gtfs
-> un script pour transformer les données d’OpenStreetMap au format GTFS, standard d’échange pour les calculateurs d’itinéraires et les outils de planification de mobilité.

OpenStreetMap et le format GTFS sont deux briques complémentaires pour créer et diffuser des données de transport ouvertes. Voir l’infographie comparant les différentes approches de création de données

En plus de ces logiciels libres, quelques outils plus techniques ont également été développés pour faciliter le travail de saisie et de contrôle qualité dans OpenStreetMap afin de créer des données précises et utilisables.


Le projet mené à Abidjan confirme une nouvelle fois s’il le fallait la pertinence des communs numérique et d’OpenStreetMap pour cartographier efficacement les réseaux de transport.
Ce riche écosystème facilite en effet la collaboration entre les communautés locales, les bailleurs de fonds tels que l’AFD, les collectivités locales et les consultants en mobilité durable, et cela pour le bénéfice de tous.

En 2021, plusieurs projets sont en cours pour proposer des outils d’information voyageurs aux Abidjanais sur la base de ces données. Jungle Bus et OSM-CI seront mobilisés pour organiser des campagnes additionnelles de relevés et mettre à jour les données afin de refléter au mieux l’évolution des réseaux sur le terrain.

Plus d’informations concernant ce projet sont disponibles sur le site http://sites.digitaltransport.io/abidjantransport

Où sont les bornes de recharge électrique en France ? La réponse dans OpenStreetMap

bornes de recharge sur le parking de la gare de Charleville-Mézières, image CC-BY-SA François GOGLINS

OpenStreetMap est bien plus qu’une carte, c’est une véritable base de données. Et cette base contient de nombreux objets en lien avec la mobilité.
Le projet du mois de mars dernier de la communauté française portait justement sur le thème des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

Le projet du mois consiste mobiliser la communauté OpenStreetMap française durant 30 jours pour réaliser un bon qualitatif majeur sur une thématique spécifique.

Évolution du nombre de bornes de recharge électrique dans OpenStreetMap en France sur le mois de mars 2020
Évolution du nombre de bornes de recharge électrique dans OpenStreetMap en France sur le mois de mars 2020

La crise sanitaire et le confinement ayant rendu les relevés sur le terrain impossibles, une grande partie du travail effectué a eu lieu à distance.

Par exemple, en s’aidant de l’imagerie aérienne et des photos de rues disponibles sous licence libre, de nombreuses bornes existantes ont été complétées avec le nombre de places disponibles pour la recharge.

un défi MapRoulette pour compléter les bornes existantes
L’œil averti du contributeur identifiera sans mal les deux places de stationnement peintes en verte sur cette prise de vue aérienne et pourra ainsi compléter les attributs de cet objet dans OpenStreetMap :
deux places de recharges peintes en verte

OpenStreetMap : un complément utile à l’open data existant

Les donnés open data mises à disposition par les collectivités et certains opérateurs ont également été au cœur des actions. Un schéma national encadre le format de mise à disposition des données d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques et facilite en effet l’interopérabilité.

Pour les utiliser efficacement, la communauté OpenStreetMap peut s’appuyer sur Osmose.

Osmose permet de détecter et de corriger les erreurs dans OpenStreetMap. C’est également l’outil idéal pour comparer et intégrer des données open data dans OpenStreetMap. L’efficacité d’Osmose combinée à une mobilisation communautaire n’est plus à prouver.

une borne à compléter dans OSM
Pour cette borne de recharge, déjà présente dans OpenStreetMap, Osmose nous propose d’ajouter plusieurs attributs déduits des informations disponibles en open data.

Osmose permet à la fois d’améliorer les bornes déjà présentes dans OpenStreetMap en s’aidant des informations disponibles en open data, mais aussi de trouver des bornes manquantes à ajouter.

une nouvelle borne à créer dans OSM
Un signalement de borne de recharge électrique manquante, dans l’outil Osmose

Comme souvent, c’est aussi l’occasion de faire remonter aux producteurs de ces données open data des problèmes de qualité : de nombreux signalements ont été réalisés pendant la préparation du projet du mois, puis au cours du mois.

Téléchargez les données sur votre territoire

Les données produites dans OpenStreetMap sont disponibles sous licence libre et sont utilisables par tous.

L’outil en ligne GéoDataMine vous permet de télécharger les données de votre commune ou votre département dans le même format que les données open data.

GéoDataMine pour extraire des données OSM
GéoDataMine vous permet d’extraire facilement les bornes de recharge d’OpenStreetMap

OpenStreetMap : le hub des données open data

Grâce à la mobilisation de la communauté OpenStreetMap, vous pourrez retrouver dans ces fichiers à la fois les bornes installées par la collectivité et celles mises à disposition gratuitement par certaines enseignes sur les parkings des centres commerciaux, qu’on ne retrouve que très rarement dans les données publiées en open data.

La communauté OpenStreetMap continuera dans le futur d’améliorer ces données au fil de l’eau et appelle les acteurs liés aux bornes électriques, qu’ils soient publics ou privés, à contribuer à OpenStreetMap.

Que ce soit pour analyser la couverture sur votre territoire ou pour préparer un prochain déplacement, OpenStreetMap a sûrement les données qu’il vous faut !

Jungle Bus vous accompagne pour prendre en main les données OpenStreetMap et pour en faire usage dans vos projets numériques. Contactez-nous !

Cartographier dans OpenStreetMap puis produire un GTFS : l’excellent choix pour stimuler la collaboration autour de données plus durables

osm_puis_gtfs

Pour cartographier au mieux un réseau de transport, il est très avantageux de co-créer les données avec la communauté OpenStreetMap. Il est également indispensable de se reposer sur le standard GTFS.

Au travers de nos projets, nous choisissons sans hésiter de réaliser la cartographie des réseaux de transport en collaboration avec les communautés OpenStreetMap locales. La transformation des données en fichier GTFS intervient donc à posteriori.

Il est néanmoins également possible de faire l’inverse. Vous pouvez comparer les deux approches dans notre infographie détaillée.

Faire confiance à la communauté OpenStreetMap

Chez Jungle Bus, lorsque nous nous penchons sur une ville en particulier, nous commençons au plus tôt la collaboration avec les membres de la communauté OpenStreetMap locale. Et ce n’est pas seulement parce que nous sommes nous-mêmes des contributeurs OpenStreetMap passionnés !

Leur connaissance du terrain et du contexte sont en effet des atouts précieux pour tenir compte des spécificités locales et construire des données fidèles à la réalité. C’est d’autant plus nécessaire que la cartographie des transports dépasse en général le simple cadre du GTFS : la position et la classification des routes où circulent les bus, les cheminements piétons pour accéder aux arrêts ou encore les équipements disponibles sont autant d’informations utiles. OpenStreetMap permet aussi de renseigner toutes ces données et les contributeurs ont déjà commencé ce travail de fourmi.

Cela augmente sans aucun doute la qualité des données produites et permet une appropriation locale : les contributeurs « se sentent responsables » des données de leur propre ville et y investissent plus de temps, par exemple en utilisant l’application gratuite Android Jungle Bus. Cela induit des mises-à-jour plus régulières et une meilleure qualité.

Plus de durabilité et de partage

Un bon exemple de cette dynamique est à chercher à Accra, au Ghana.
Les 320 lignes de transport locaux, les tro-tro, ont étés cartographiés par la communauté locale durant l’été 2017 avec le support de Jungle Bus pour aboutir à un plan de transport ainsi qu’un fichier GTFS. Vous pouvez retrouver notre article plus détaillé sur ce projet pour en savoir plus.

Force est de constater que plus de deux ans plus tard, la communauté locale a su maintenir et faire évoluer les données, en collaboration notamment avec une startup locale ! Cette appropriation « naturelle » ne peut avoir lieu que si elle est pensée en amont, accompagnée durant le projet initial de cartographie et OpenStreetMap s’y prête particulièrement bien.

En effet, en renseignant les données de transport directement dans OpenStreetMap, l’ouverture des données se fait dès le premier jour : toutes les parties prenantes peuvent découvrir et utiliser les données au fur et à mesure de leur création.

Au delà du stockage et de la diffusion, OpenStreetMap offre une véritable plateforme de collaboration où les différentes personnes impliquées dans le projet peuvent se partager les tâches de création et vérification des données.

Les données d’OpenStreetMap, en plus d’être mises à jour par la communauté locale, sont bien plus partagées et utilisées qu’un simple fichier GTFS open data.

La communauté OpenStreetMap est déjà structurée aussi bien à l’échelle locale que mondiale : elle dispose de moyens de communication, de documentation et de partage collaboratif, etc. Ces outils sont utilisés quotidiennement par des milliers de contributeurs et de réutilisateurs chaque jour.

Une utilisation des données plus simple

En s’appuyant d’abord sur OpenStreetMap, les données sont standardisées entre les différents réseaux et des outils dédiés sont disponibles en logiciel Libre.

On peut notamment citer osm-transit-extractor qui permet de réaliser des exports spécifiques pour le transport, ou encore osm2gtfs pour exporter les données directement au format GTFS (arrêts, tracé des lignes et horaires inclus).

Jungle Bus utilise et contribue à ces deux outils. En effet, depuis plusieurs années, nous participons à l’amélioration d’outils de la communauté OpenStreetMap et créons des briques manquantes pour travailler sur les transports en commun ; tous nos outils sont sous licence libre et utilisables par tous.

Vous avez un projet de cartographie d’un réseau de transport ? Nous pouvons vous aider à mettre en œuvre une méthodologie innovante de co-création dans votre projet pour rendre vos données plus résilientes.